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Du blanc d’œuf battu en neige dans les veloutés.
Ouf, le travail est achevé ! Il s’agissait de mettre
de l’ordre dans les centaines de sauces françaises
classiques. Le Guide culinaire d’Auguste Escoffier en décrit
351 : comment s’y retrouver ?
La solution adoptée a consisté à rapprocher
des sauces que la cuisine considère comme étrangère,
mais que la physico-chimie voit cousines, telles la sauce béarnaise
et la crème anglaise, qui ne diffèrent que par le
goût. En effet, ces deux sauces sont ce que l’on nomme
des « suspensions » : elles sont épaissies par
la dispersion de petits agrégats d’œuf coagulé,
dans la phase aqueuse (de l’eau qui a du goût : réduction
d’échalote allongée de vin dans le premier
cas, lait sucré dans le second).
La base du travail, c’est le formalisme introduit lors du
XVIe Congrès de l’European Colloids and Interface
Society, à Paris : ce formalisme décrit la totalité des « systèmes
dispersés complexes », mets compris. Il s’agit
d’utiliser des symboles pour désigner les « phases » en
présence (E pour eau, H pour huile, S pour solide et G pour
gaz), et des connecteurs qui décrivent les opérations
: « / » pour la dispersion, « + » pour
le mélange, « » pour
l’inclusion et « » pour
la superposition.
A l’aide de ces symboles, il a fallu classer les centaines
de sauces classiques, et, surtout, identifier leur formule. Ce
n’est pas difficile, pour des sauces comme la mayonnaise,
qui est une simple émulsion, faite d’huile H et d’eau
(elle provient du jaune d’œuf et du vinaigre) : la formule
est H/E.
Pour d’autres sauces, les formules peuvent être plus
compliquées. Par exemple, la sauce Albert, qui s’obtient à partir
d’un roux blanc, allongé à l’eau, monté au
beurre et à la crème, additionné de jus de
citron, de raifort cuit dans du consommé blanc, a pour formule((E
/ S1) + H1 + H2 + S2) / E, qui se simplifie toutefois en (H + S
+ (E / S)) / E.
Combien de catégories existe-t-il ? L’analyse du Guide
culinaire, du Répertoire de la cuisine, par Th. Gringoire
et L. Saulnier, de L’art des sauces, par Académie
des gastronomes et l’Académie culinaire de France,
et de l’Art de la grande cuisine française au XIX
e siècle, par Antonin Carême, a révélé 14
types de sauces seulement.
Ces catégories sont :
E
H/E
E/H
S/E
(E/S) /E
(G + H) / E
(H + S) / E
(H + (E/S)) / E
(S + (E/S)) / E
(H + ((G+H)/E)) / E
(G + H + S) / E
(H + S + (E/S)) / E
(H + S + (G/E)) / E
(H + S + ((G + H) / E)) /E
Ce qui est surprenant, dans cette affaire, c’est que des sauces évidentes
manquent. Par exemple, pourquoi ne trouve-t-on pas de sauces ayant la formule
simple (G + (E/S))/E ? Ce n’est pourtant pas difficile de disperser un
blanc d’œuf battu en neige dans un velouté, par exemple.
Mon cher Pierre, je te propose de créer cette nouvelle « catégorie
classique » !
Un solide dispersé dans l’eau mélangé à un
gaz et redisperse dans l’eau ???
Qu’est ce que c’est
?
Les recettes
:
« SOUPE
DE POTIMARRON - AVOCATS »
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