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La question des légumes est périodiquement
posée.
Nicolas de Bonnefons, au XVII e siècle, s'en préoccupait
déjà, parce qu'il
se passionnait pour les jardins et leurs
productions. Ce n'était pas le premier
mais, aujourd'hui,
nous continuons de manger trop souvent les légumes cuits à
l'anglaise : tristes objets, fades, délavés !
Il faut réagir.
Ma façon de faire consiste à poser des questions : si l'on
ne se contente pas
du goût propre des légumes (cuisson à
la vapeur, à peine mieux que la cuisson à l'anglaise), comment
donner du goût aux légumes ? Le goût, ce n'est pas
de la texture,
qui est une autre question. Non, il me faut cette fois
raisonner en chimiste
que je me glorifie d'être.
Donc, à la base, le légumes et ses molécules ; et
à l'arrivée, de nouvelles molécules, obtenues par
des opérations culinaires, lesquelles auront réagi sous
l'action
de la chaleur.
Nous sommes bien d'accord, nous devons donc
faire de la chimie
sans autres produits chimiques que ceux qui
sont dans les aliments.
Ce mois-ci, une première proposition
: chauffer longtemps.
Dans le Menu de l'an 2000, il y a ce jus de carottes centrifugées
et chauffé pendant plusieurs heures sur le coin du fourneau. C'est
la même idée que celle du bouillon,
ou du velouté.
Je m'explique.
Contrairement à ce que l'on a longtemps
cru, la confection
d'un bouillon n'est pas une simple extraction
du jus de la viande : autrement,
on aurait haché
la viande et on
l'aurait placée dans l'eau, sans se préoccuper de chauffer
plusieurs heures. Non, un bouillon s'obtient chauffant de la viande dans
de l'eau, certes,
mais on ignore que la viande chauffée est comme
une éponge que l'on presse :
du coup, les jus sortent et l'eau
se teinte. Ce n'est pas là le fin mot de l'histoire :
si l'on cuit
un bouillon pendant plusieurs heures, alors qu'une heure de cuisson environ
suffit à faire sortir les jus de la viande, c'est parce qu'il faut
du temps
pour que toutes les molécules du jus, passées dans
l'eau, réagissent chimiquement.
Il est d'ailleurs facile d'observer
qu'il y a réaction chimique : de rouge
et un peu fade qu'est le
jus de viande, on passe à un brun sapide et odorant.
Quelles réactions
sont-elles la cause de cette transformation ?
La chimie n'en a pas encore
de certitudes.
Peu importe, cela ne nous empêche pas
d'avancer.
Passons maintenant au velouté. Le dépouillement, qui consiste
à retirer régulièrement la peau qui se forme à
la surface d'une casserole où un roux (beurre plus farine, chauffés
jusqu'à coloration noisette) a été additionné
d'un bouillon,
ne sert pas
à éliminer des " impuretés
", comme on l'a longtemps cru, ni à retirer la graisse
en
excès, comme je le croyais naguère. Non, le dépouillement
- c'est la découverte
de l'été dernier, dans mon
laboratoire- sert essentiellement à donner du temps à des
réactions chimiques pour former un délicat arôme de
champignons.
L'expérience est facile à faire : on fait un
roux, on y ajoute de l'eau et on cuit
doucement pendant une heure environ
; l'eau est presque transformée en soupe
aux champignons ! Merveilles
de la chimie culinaire
Pourquoi cette odeur ?
Là encore,
de la recherche scientifique s'impose : quand nous comprendrons
mieux
la chimie de l'affaire, nous pourrons mieux procéder aux réactions.
Venons-en enfin aux légumes : un
jus de carottes que l'on chauffe
très longtemps se transforme,
également, parce que les molécules ont le temps
de réagir.
Quelles molécules ? toutes celles qui se trouvent dans les carottes.
D'où une première possibilité : faire des jus de
tas de légumes, et les cuire longuement, à très petit
feu, jusqu'à transformation du goût.
Une autre possibilité, fondée sur
l'analyse du bouillon. Ce dernier s'obtient, nous l'avons vu, par
des réactions inconnues
mais pas complètement. Parmi
ces réactions figurent les réactions de Maillard, découvertes
par le chimiste Louis-Camille Maillard, né à Pont-à-Mousson,
qui fit une bonne partie
de sa carrière
à Nancy. Ces réactions
se font entre les sucres (il y en a dans les légumes)
et les acides
aminés (il y en a dans la viande). D'où l'idée du
mois : Pierre,
essaye
un peu de cuire des légumes centrifugés
avec du jus de viande
ou de la viande hachée, pendant très
longtemps, à découvert, comme tu cuis déjà
tes carottes,
et tu verras apparaître des goûts inconnus.
Selon les légumes, les résultats
seront bien différents,
d'où la question que je te pose : quels légumes choisiras-tu,
et quelle viande y ajouteras-tu ?
Les demi-glaces
En cuisine, on a toujours parlé de demi-glace de viande, jamais
de légumes ;
Ce travail de réduction non agressive permet d’avoir des
jus au goût net.
L’été, on peut mélanger légumes et
fruits.
Carotte
Le jus de carotte devient ici un liant entre les éléments
secs comme le navet
ou le céleri et les éléments
humides comme fraises, melon et abricot.
Avant de travailler avec Herve, je considérai avec méfiance
la gélatine.
Ce produit me semblait être un expédient
venant à l’aide du médiocre cuisinier.
En fait il
est inoffensif, donne du corps, du confortable aux préparations
et permet d’obtenir des finesses de texture étonnement diverses.
asperges
Le jus réduit devient astringent, presque piquant.
La saveur de
l’asperge est exhalée.
On est dans un registre d’assaisonnement maigre.
Le foie gras associé à l’aiguillette apporte gras
et complément de goût et mâche.
La cardamome va accentuer l’astringence de l’asperge.
Les noisettes servies à part, apportent un complément d’âme
au plat
C’est une entrée à servir en très petite quantité
Les recettes :
DEMI
GLACE DE JUS DE CAROTTE, LEGUMES ET FRUITS FRAIS
DEMI-GLACE D'ASPERGES A LA CARDAMOME
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