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Ce mois-ci, nous réinventons la mayonnaise !
Un jeu d’enfant, puisque la sauce mayonnaise est faite d’huile,
que le fouet divise en gouttelettes dans l’eau apportée
par le jaune d’œuf et par le vinaigre.
La sauce doit notamment ses qualités au fait que c’est
ainsi une « émulsion de type huile dans eau ».
Avec les formules introduites il y
a quelques mois , on écrirait cela H/E.
« Qualités » : la sauce mayonnaise en a plusieurs.
Il faut d’abord observer qu’une mayonnaise réussie
est bonne, alors que la même mayonnaise tournée semble
n’être que de l’huile. Pourquoi cette différence
fondamentale, alors que les mêmes ingrédients sont
réunis dans les deux cas ? Je crois que tout tient dans
la surface, dans l’attaque : dans une mayonnaise ratée,
c’est de l’huile que nous percevons au premier abord,
alors que, dans une mayonnaise réussie, c’est l’eau
de l’émulsion que nous sentons ; mieux encore, cette
eau a de la vivacité gustative, en raison du vinaigre utilisé,
et de la viscosité, en raison de l’huile dispersée,
qui donne du corps à la sauce ; enfin l’huile finit
par tapisser la bouche, apportant de la longueur.
Enfin la sauce mayonnaise contient du jaune d’œuf, dont
le goût puissant contribue pour beaucoup à la richesse
gustative de la sauce.
Bref, la mayonnaise a des qualités, et elle mérite
d’être généralisée. Elle l’a été,
d’ailleurs : avec la sauce Alicante, la sauce andalouse,
la sauce Aurore, la sauce Chantilly, la sauce Gribiche, la sauce
italienne froide, la sauce mayonnaise à la Russe, la sauce
mousquetaire, la sauce piquante niçoise, la sauce rémoulade,
la sauce russe, la sauce suédoise, la sauce tartare, la
sauce verte et la sauce Vincent !
Dans chacun de ces cas classiques, il s’agit d’ajouter
des ingrédients à une sauce mayonnaise classique,
ou bien d’ajouter de la sauce mayonnaise à un mélange
dont le goût domine. C’est très bien, mais on
peut faire mieux !
Conservons le principe de la sauce, plutôt que la sauce
elle-même. Il s’agit d’un jaune d’œuf,
additionné d’eau (celle du vinaigre) où l’on
a dispersé une matière grasse liquide. Changeons
donc la matière grasse. C’était de l’huile,
imposée ces dernières années sur des bases
nutritionnelles contestables ? Revenons enfin au beurre !
En pratique, il s’agit de mettre un jaune d’œuf
et une cuillerée d’une solution aqueuse qui aurait
du goût (jus de citron, vinaigre, vin, bouillon, café,
thé, que sais-je ?) dans un cul de poule. Puis on fondra
du beurre et, en plaçant le cul de poule dans un bain marie
tiède, on ajoutera le beurre fondu en fouettant, tout comme
on pratique pour confectionner une mayonnaise. Le beurre fondu
(il « fait huile ») sera divisé par le fouet
en gouttelettes qui iront se disperser dans l’eau, et l’on
obtiendra encore une émulsions de type huile dans eau, mais à partir
du beurre : H/E. Attention : il faudra verser le beurre fondu goutte à goutte,
au début de l’opération, et ajouter de l’eau
si la texture devient trop ferme (en pratique, les émulsions
tournent quand la proportion de matière grasse atteint environ
95 pour cent de celle de la sauce). Oh ! mais d’autres variantes sont possibles : puisque la
lettre H désigne n’importe quelle matière grasse
fondue, pourquoi ne pas conserver le principe, mais avec de la
crème épaisse, avec du fromage fondu, ou encore avec
du foie gras fondu ?
Oui, Pierre, je t’entends : le nom « mayonnaise au
beurre » ne te convient pas. Il ne me convient pas non plus,
parce qu’il évoque quelque chose d’un peu lourd,
alors que le résultat obtenu est comme une crème
légère et subtile. J’ai tourné le nom
dans tous les sens, et j’ai retenu de ce plat nouveau son
côté « plaisir d’enfance », manger
lacté d’enfance. En Alsace, les villages ont souvent
un suffixe « heim », dans leur nom, qui signifie « chez
nous », le foyer. Et il y a ce merveilleux petit village
au pied des Vosges, Kientzheim, où le « Kientz » fait
penser à l’art et aux enfants. Je te propose de donner
ce nom au plat !
Les recettes
:
« BOUQUETIERE
DE LÉGUMES, KIENTZHEIM DE BEURRE FUMÉ »
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