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Utilisons dans l’art culinaire des idées d’autres
arts, telle la peinture.
Les vernis et glacis sont utilisés en peinture pour protéger
une couche de pigments, certes, mais aussi pour donner de la profondeur à l’œuvre.
Mon cher Pierre,
Les vernis…

Un tableau? C’est une oeuvre que l’on admire avec les
yeux (et l’âme !). Classiquement, l’émotion
que donne le peintre naît d’une couche de pigments,
déposés sur le support blanc qu’est la toile.
Hélas, ces pigments sont sensibles à l’action
de la lumière, et beaucoup d’entre eux fanent, lorsque
passe le temps… et le soleil. Il faut les protéger
: c’est une des fonction des vernis.
Ce n’est pas la seule : les vernis sont aussi des couches
d’épaisseur variable, déposées sur les
couches pigmentaires, ce qui donne de la profondeur à l’œuvre,
car la lumière, au lieu de se réfléchir à la
surface, en perdant les composantes absorbées par les pigments,
subit plusieurs phénomènes.
Il y a d’abord la réflexion à la surface de
la couche de vernis : c’est un simple reflet, brillant, de
la couleur de la lumière incidente. Au point d’incidence,
une partie de la lumière traverse la surface du vernis,
en étant réfractée, puis elle est réfléchie à la
surface de la couche pigmentaire, en perdant les composantes absorbées,
et remonte vers la surface du vernis, où elle est réfractée
une seconde fois. Au total, cette composante semble venir d’une
distance différente de celle de la couche pigmentaire.
… et les glacis

Les peintres ne se sont pas limités à des vernis transparents,
pour jouer de la profondeur, qu’ils n’avaient pas : la
grande école flamande a introduit et maîtrisé les
glacis, couches de vernis où les pigments colorés étaient
dispersés. Cette fois, les particules pigmentaires sont dispersées
dans le vernis, et la profondeur à laquelle ils réfléchissent
la lumière (toujours en absorbant une partie de celle-ci)
varie, ce qui engendre des modifications de la luminosité et
de la saturation.
Mieux encore, dans la couche de glacis, les particules diffusent
la lumière dans toutes les directions, ce qui augmente l’effet
visuel.
Et l’on peut superposer : glacis, d’abord, vernis ensuite.
Les pigments ?
Les pigments, dont je ne cesse de parler? En peinture, les oxydes
de divers métaux sont largement utilisés, tout comme
des molécules organiques variées : on connaît
le pastel, ou bien la garance, par exemple, mais les fabricants
de cosmétiques ne se privent pas d’ajouter des effets
variés, telle la dispersion de petites plaquettes de mica
pour faire le nacré de certains vernis à ongle. Et
j’ai même vu, il y a quelques années, des industriels
proposer des « solutions » (quel jargon !) pour créer
des hologrammes (comme ceux des cartes bancaires, par exemple) à la
surface de bonbons !
En cuisine, enfin
Oui, je sais, tout cela semble bien loin de la cuisine, qui est
le royaume du goût, des saveurs, odeurs, sensations trigéminales
(le frais, le piquant, l’astringent…). Pour revenir à ce
territoire qui nous passionne, il suffit de transposer : pourquoi
ne pas remplacer les pigments par des particules de taille variée,
ayant du goût ? Pourquoi ne pas déposer sur les aliments
des couches où seraient dispersées des particules
de tailles variées, soit sapides, soit odorantes, soit…
Un exemple ? A l’aide de tamis ayant des mailles de différentes
tailles, tu pourrais obtenir des cristaux de sucre ou de sel de
différents diamètres, que tu utiliserais dans différentes
couches. Ou bien, pour faire plus « culinaire », tu
pourrais ainsi tamiser des épices, et jouer de textures
en même temps que de goûts.
Et puis, n’oublions pas que le goût est la synthèse
de toutes les sensations données par le plat : à côté des
sensations sapides, odorantes, trigéminales, il y a des
sensation visuelles, thermiques … Et je sais aussi que tu
t’évertues, mon cher Pierre, à mettre en œuvre
des constructions, des aspects, qui contribuent à la perfection
de l’œuvre culinaire.
Et, ce mois-ci, je profite de l’analyse d’un de tes
desserts, qui contenait des crèmes prises surmontées
d’une gelée claire, pour te proposer de généraliser
l’effet. Notamment en ajoutant des vernis, ce qui reste classique
(pensons aux chaufrois, ou bien aux couches de gelées),
mais aussi en usant de glacis : il te suffit de disperses de petites
particules colorées en suspension dans une couche de gel
que tu déposes à la surface des mets.
Ces particules peuvent avoir du goût, tout comme les vernis
ou glacis que tu utilises !
Les recettes :
« Lait pris à l’Izarra vert, une gelée
d’Izarra jaune, une tranparence
eau de rose-campari.»
« Saumon sauvage de Norvège, poché à four
doux puis enrobé d’amertume»
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