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Je prends les devants
parce que je sais qu’il
y a un risque de
confusion :
il n’y aura pas de crème, dans ce nouvel ingrédient.
Seulement du beurre et de l’eau, plus des molécules odorantes.
Oui, mais avant d’arriver à la recette proprement dite,
je dois parler du lait et de la crème.
Le lait est blanc
parce que c’est ce que l’on nomme une « émulsion » :
il est majoritairement composé d’eau, mais, dans cette eau,
sont dispersées des gouttelettes de matière grasse.
Et le lait est blanc, quand il est éclairé par de la lumière blanche,
parce que cette lumière vient se réfléchir sur les gouttelettes
(l’eau, elle, laisse passer la lumière) :
ce que nous voyons, ce sont les innombrables reflets
sur les innombrables gouttelettes de matière grasse.
En voulez-vous une preuve ?
Eclairez du lait avec de la lumière rouge et vous le verrez rouge !
Donc le lait est fait de gouttelettes de matière grasse dispersées dans de l’eau
(d’autres choses aussi, mais nous pouvons éviter de les évoquer).
Quand on laisse le lait reposer, les gouttelettes de graisse viennent flotter
en surface,
ce qui engendre une émulsion concentrée en matière grasse,
la crème, et laisse dans la partie inférieure du récipient
une émulsion appauvrie :
le lait écrémé.
Prenons cette crème, refroidissons-la et
fouettons-la :
le fouet introduit des bulles d’air, qui sont piégées par la matière grasse,
laquelle vient former une sorte de coque autour de chaque bulle.
On obtient ainsi la crème fouettée, ou crème Chantilly, quand on ajoute du sucre.
Nous sommes maintenant prêts pour décrire la nouvelle invention.
Réfléchissons à la production de la crème
Chantilly :
nous avons transformé une émulsion en une émulsion mousseuse
Pourrions-nous changer les ingrédients ?
Pour le chimiste, l’eau, c’est l’eau, et même si du bouillon n’a pas le même goût
que du jus d’orange,
les deux liquides sont majoritairement composés d’eau.
Dans cette eau, le procédé précédemment décrit disperse de la matière grasse :
en 1995, j’ai proposé d’utiliser du chocolat en conservant le même procédé,
et j’ai ainsi inventé le « chocolat Chantilly ».
Puis, juste après, j’ai proposé d’utiliser du fromage pour faire
du « fromage Chantilly ».
Et, l’an passé, nous avons réalisé en pratique une invention faite naguère :
le « foie gras Chantilly ».
La nouvelle invention
était également prévue depuis quelques années :
c’est de conserver le procédé mais de remplacer la matière grasse de la crème
par du beurre,
pour faire, donc, du « beurre Chantilly ».
Et c’est toi, Pierre, qui m’a fait le plaisir de réaliser la recette pour la première fois,
le 7 janvier 2003. L’année commence bien.
En pratique : comment faire ?
D’abord, on réalise une émulsion, en plaçant, dans une casserole,
de l’eau (qui peut avoir du goût) et du beurre.
On chauffe doucement en agitant,
et l’on obtient d’abord une émulsion de beurre dans de l’eau,
une sorte de cousin du beurre blanc.
Puis on pose la casserole sur de la glace et l’on fouette :
si les proportions sont appropriées
(il faut retrouver celles de la crème),
on voit le mélange mousser
et prendre finalement une texture analogue à de la crème Chantilly :
nous y sommes, c’est le « beurre Chantilly »
Pierre, qu’en feras-tu ?
La sole meunière
Quand les gens me parlent de cuisine moléculaire, ils imaginent
des plats incompréhensibles, conçus à partir
de techniques gadget.
C’est pour eux de la magie plus que
de la cuisine !
La recette de la sole symbolise bien ma relation aux recherches
d’Hervé :
pas d’effet de manche, on se contente
de redessiner l’axe principal d’une recette archi éprouvée
de notre répertoire culinaire français.
Le beurre meunière par sa texture moelleuse, fait que le
rapport du gras à la chair du poisson devient différent.
Le mode de cuisson perd de sa banalité.
On peut imaginer une multitude d’autres histoires : passer
les filets de sole dans un mélange de mie de pain, de jaune
d’œuf dur et d’herbes fraîches.
On pourrait ajouter au beurre une écorce d’orange,
un brin de macis,
du jus de truffe.
Le beurre de tomate
Encore un saut dans l’inconnu avec peu de chose
finalement.
Partant d’une belle tomate gorgée de soleil, enrichie de beurre,
on obtient un « jus sauce » onctueux qui peut accompagner un
produit cuisiné modestement (viande blanche, poisson vapeur).
Les recettes :
SOLE
MEUNIERE beurre de cuisson chantilly.
BEURRE
DE TOMATE CHANTILLY.
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