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Nous avons vu, le mois
précédemment,
comment le cuisinier jouait des concentrations en molécules aromatiques
ou sapides.
Il donne un sens au met, fait œuvre, en jouant seulement de la concentration
des molécules du goût, tout comme le musicien équipé d’un
seul tambour peut déjà tenir sa partie, variant seulement
le rythme avec lequel il frappe la peau tendue. En peinture, le rythme
serait analogue à la répétition spatiale d’une
couleur : pensons à des bandes de largeurs et d’espacement
différents.
Toutefois, le rythme peut s’enrichir du son, le tableau de diverses
teintes. Le plat, aussi, peut réunir des goûts variés
qui évitent la monotonie du monochrome. A l’arrangement spatial
s’ajoute le contraste, si important en peinture que le chimiste Michel-Eugène
Chevreul engendra une école de peinture, néo-impressionniste,
quand il découvrit que le voisinage d’une couleur modifie
la couleur adjacente : par exemple, le bleu foncé semble jaunir
le blanc voisin, en raison d’un phénomène visuel inconnu à l’époque
de la découverte de la « loi du contraste simultané des
couleurs » (la loi de Chevreul), mais bien exploré depuis.
Bref, le contraste a ses lois, et le contraste culinaire, notamment,
mérite d’être exploré. Pas besoin de jouer avec
beaucoup de goûts : deux suffisent pour créer le contraste.
De surcroît, le contraste culinaire ne se réduit pas à la
juxtaposition de deux goûts, car le goût a des composantes
variées. Analysons, par exemple, un simple œuf dur mayonnaise
: il y a le contraste de l’œuf, un goût rond, et de la
mayonnaise, qui peut être acide ; il y a aussi le contraste des textures,
l’une ferme et l’autre plus fluide ; il y a le contraste des
couleurs, avec le blanc et le jaune pâle ; il y a mille choses qui
s’opposent ou, du moins, qui se juxtaposent et font contraste. La
juxtaposition trouve sa forme la plus poussée dans les oppositions
:
sec / humide,
dur / mou,
cuit / cru,
chaud / froid,
acide / basique,
sucré / salé.
Toutefois l’opposition n’est pas, de loin, le seul
mode de juxtaposition ; on peut se contenter de contrastes moins
brusques, et aussi jouer à rapprocher des ingrédients
appartenant à des registres différents. Un suprême
de volaille proche d’un foie gras, c’est déjà un
contraste intéressant, par les textures qu’il oppose.
Deux, trois ingrédients ? Tout est possible.
Que nous proposes-tu Chef ?
Hervé This
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